| Bienvenue dans l'Univers de la terre du milieu consacré à la Mythologie Chinoise |
La
Chine Céleste
Portant le titre de Fils du Ciel, l'empereur faisait office de lien vivant avec le divin et s'adressait à ses ancêtres célestes au nom de la nation. Il régnait sur un État étroitement gouverné, dans lequel les dieux eux-mêmes avaient parfois des airs de bureaucrates aux pouvoirs calqués sur ceux de l'administration impériale. Certains textes évoquent même un ministère céleste du Tonnerre, avec son contingent d'émissaires prêts à faire appliquer les édits de leur dieu à tête d'oiseau et pareils en tout point aux fonctionnaires impériaux. Cette cosmologie n'est pourtant que l'un des aspects d'un univers mythologique presque aussi divers que les Chinois sont nombreux. De cet amas de croyances contradictoires se dégagent quelques constantes. L'une des plus anciennes est le culte des ancêtres, reposant sur l'idée qu'une partie de l'âme humaine est immortelle. Bien nourrie par des sacrifices, elle rétribue ses proches en leur portant chance et leur prodiguant de bons conseils par la divination. Le corpus mythologique le plus substantiel reste toutefois attaché à la préhistoire. A partir des Questions célestes (IV° siècle av.J.-C.), les érudits de la dynastie Han (206 av.J.-C.) donnent forme et structure à la masse de mythes et fragments de légendes hérités du passé, en compilant un corpus pseudo-historique composé de nouvelles divinités et figures d'autorité, reflets de leurs propres souverains.
C'est
ainsi que la magie des légendes chinoises, dont le fond est
bien souvent semblable à celui d'autres traditions asiatiques,
fusionne avec le réel.
Les souverains mythiques, tels Fuxi, l'empereur-serpent, et l'empereur jaune, dont Sima Qian (vers145-86 av. J.-C.) fait le propagateur de la culture chinoise, s'inscrivant dans une lignée dynastique ininterrompue jusqu'a l'abdication du dernier empereur, en 1912
Pendant plus de trois mille ans, les empereurs de Chine, régnant sur la nation la plus peuplée au monde, ont labouré et sacrifié aux dieux le premier sillon de chaque nouvelle saison agricole.
Les
vapeurs du Chaos
Dans la mythologie chinoise, l'acte de création ne relève pas de la production de matière, mais de la transformation de l'informe en une structure donnée. L'Univers prend vie lorsque les éléments existants, jusqu'alors unis dans le chaos, sont séparés et mis en ordre. Les Chinois de l'Antiquité voyaient le chaos primordial comme un nuage de vapeur moite suspendu dans les ténèbres. Selon un récit mythologique, la création se fit sans
créateur, par une sorte de mystérieuse génération
spontanée. Au commencement, toute chose était contenue
dans cette vaste nuée moite. Tout était un, jusqu'a
l'acte d'ordonnancementqui transforma l'unité du chaos en
la dualité des contraires : Le yin et le yang, le ciel et
la terre, la lumière et les ténèbres. De l'inte-action
des contraires naquirent ensuite la variété et la
pluralité de l' Univers. Mais la légende la plus répandue est celle de P'an-ku, un ajout tardif au corpus mythologique chinois, que les sinologues font remonter au IIIème ou au IVème siècle. Les concepts de l'oeuf cosmique et de la transformation d'un homme primordial en phénomènes naturels se retrouvent dans la mythologie hindoue, et de nombreux spécialistes voient dans le mythe de P'an-ku une influence d'Asie centrale. Avant la séparation du ciel et de la terre régnait la chaos, immense et insondable, qui contenait tous les éléments de la création. Il prit la forme de ténèbres moites au coeur d'un oeuf géant, dans lequel le créateur P'an-ku naquit peu à peu à la vie. Durant dix-huit mille ans, P'an-ku sommeilla dans cette masse informe, en grandissant sans cesse. Il finit par s'éveiller : c'était un homme robuste, costaud, doté de bras puissants et de larges épaules,qui tenait d'une main un burin, de l'autre une hache. Il se mit à explorer les ténèbres en agitant ses outils, brisa la coquille de l'oeuf et envoya voler les éléments de la création à travers l'espace.
Le
Yin et le Yang
La force créatrice de P'an-ku sépara les éléments en yin et en yang, terre et ciel. Dans la pensée chinoise traditionnelle, ces principes contraires mais complémentaires sont censés imprégner non seulement toute la vie, mais aussi tout l'Univers Le yin est associé aux qualités féminines et absorbantes, à la passivité, l'obscurité et la Lune. Le yang est lié à l'aspect viril et pénétrant, à l'activité, la clarté, le Soleil. Dans la faune, le tigre est yin, le dragon yang. Dans la nature, les vallées sont yin, les montagnes yang. Une ligne brisée ou un nombre pair est yin, alors qu'une droite ou un nombre impair est yang. Partout dans l'Univers, ces deux qualités ne cessent de fluctuer l'une aux dépens de l'autre : c'est ainsi que la lumière cède la place aux ténèbres, le chaud au froid et vice versa. Leur interantion est considérée comme au coeur même de la vie, et le yin et le yang sont représentés côte à côte, formant un cercle noir et blanc. On ignore la facon dont ce concept vit le jour, mais au IIIeme siècle av. J.-C., les philosophes taoistes, menés par Zhou Yan, le présenatient comme une théorie sous-jacente à l'histoire et à la cosmologie. C'est généralement à Zhou Yan que l'on attribue la théorie connexe des wu xing, ou Cinq Éléments (terre, bois, métal, feu et eau), pour laquelle l'histoire et l'Univers sont régis par les interactions de ces agents, qui reflètent eux-mêmes la fluctuation entre le yin et le yang.
Dans
la pensée taoïste, l'opposition entre yin et yang est
une manifestation de l'unité transcendante du tao (la "voie",
une philosophie mettant l'accent sur la passivité, le laisser
faire). Le taoïsme associe également le yin et le yang
avec les deux ames que possède chaque individu : l'âme
matérielle (yin) et l'âme céleste, appelée
hun (yang). Si ces deux âmes sont unies, l'être jouit
d'une santé solide. Si elles entrent en conflit ou qu'elles
se séparent, il y a risque de maladie, voire de décès.
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2004 - 2005
La
Terre Carrée
Les Chinois de l'antiquité pensaient que la terre était carrée et immobile, entourée d'océans sur quatre côtés et surplombée par un ciel circulaire en rotation. Selon une cosmologie antérieure à l'ère Qin (221 - 227 av. J.C.), le ciel était pareil à un bol retourné, tournant autour de l'axe de l'étoile Polaire. Lorsque Gong Gong, esprit des eaux, buta dans le mont Buzhou, il causa non seulement une cassure au firmament mais aussi un affaissement général du ciel, si bien que l'étoile Polaire n'était plus au centre. La terre, carrée, est yin, et le ciel, circulaire, yang. La structure de l'Univers est fréquemment comparée à celle du char chinois, composé d'une voiture carrée sous une ombrelle circulaire, mais à cette différence près que si l'ombrelle ne repose que sur un mât, le ciel, lui est soutenu par quatre, et même huit montagnes, ou piliers. Un autre récit compare l'Univers à un oeuf géant posé à la verticale : la terre flotte sur un grand océan emplissant la base de la coquille, tandis que les astres et les planètes se déplacent à l'intérieur de la partie supérieure de l'oeuf. Au coeur du paysage réel repose un paysage avec cinq monts sacrés : quatre aux points cardinaux et un cinquième au centre. Chaque point cardinal est associé à un animal, une saison et une force de la nature. L'orient est associé au dragon vert, au printemps et au bois; l'occident, au tigre blanc, à l'automne et au métal; le midi, au phoenix rouge, à l'été et au feu; et le septentrion, au guerrier noir, créature hybride mi-tortue, mi-serpent, à l'hiver et à l'eau. Le cinquième point, au centre, est identifié à la Chine elle-même, à la couleur jaune et à la terre. On dit que le nord était une direction redoutée à l'époque primitive et qu'on ne lui rendait pas de culte. Mais la dynastie Han (206 av. J.C. 220 apr. J.C.) affirma détenir le pouvoir grâce à sa protection : c'est tournés vers le nord que les empereurs rendaient le culte et les sacrifices. Les deux monts de l'est et de l'ouest revêtent une importance particulière. Le mont de l'est, Taishan, était situé près de Qufu (est de la Chine). A partir du II° siècle av. J.C., une croyance répandue voulut que le Taishan s'élevait au dessus d'un enfer où résidaient les âmes des défunts. Seuls les grands souverains étaient autorisés à accomplir des sacrifices religieux à son sommet. Les chroniqueurs de l'époque Han se mirent à glorifier leur empereur en racontant comment le souverain Qin Shi Huangdi essaya d'offrir un sacrifice à cet endroit, mais en vain, car il dut battre retraite vers la plaine à cause du mauvais temps, sans doute envoyé par le dieu du vent. Les sacrifices offerts sur les cinq monts étaient une façon de faire la preuve de la grandeur de son empire et du droit de sa dynastie à régner. Un corpus de légendes émergea : le minerai de ces monts était censé forger des sabres dynastiques. Le forgeron devint un personnage mystérieux, insuflant à son art, mais aussi à chacune des armes qu'il produisait, une dimension magique. La
mère de l'Univers
La déesse mère Nügua fut appelée au secours de la terre et de ses habitants lorsque le ciel menaça de tomber à la suite d'une dispute entre les dieux. Elle prit de nombreuses formes, tantôt belle déesse, tantôt enfant, tantôt serpent à visage humain. Fuxi, son frère ou son époux, l'accompagne dans les versions tardives du mythe. Une légende de la dynastie Han fait de Nügua la mère des premiers humains. Lorsque la terre et le ciel eurent été créés, Nügua parcourut l'espace. Le ciel était empli d'étoiles, les eaux de poissons, et les campagnes fertiles grouillaient de bêtes. Pourtant Nügua se sentit seule. Elle s'arrêta près d'un étang et regarda dans l'eau. A la vue de son reflet, elle soupira tristement : si seulement elle avait quelques compagnons à ses côtés! Pourquoi ne pas faire usage de ses pouvoirs divins pour créer des êtres à son image? Nügua ramassa une poignée de boue au bord de l'eau et s'appliqua à la modeler pour créer une petite silhouette à deux bras et deux jambes. A peine l'eut elle posée par terre que celle-ci prit vie et se mit à gambader dans l'herbe à ses pieds. Nügua, contente du résultat, entreprit de façonner de nouvelles créatures, et c'est ainsi que naquirent les premiers humains. Nügua travailla jusqu'a ce que le char du soleil eût fini sa course au firmament et que le ciel nocturne étincelât d'étoiles. Puis elle se reposa, posant sa tête contre un rocher et se remit à l'oeuvre le lendemain. La déesse créa ainsi une multitude de petits êtres, car elle voulait emplir la terre de ses créatures. Or son travail avançait lentement. Elle s'arrêta à nouveau, jeta un regard aux montagnes imposantes et aux plaines sans fin qui l'entouraient et comprit qu'au train oû elle allait elle ne verrait jamais le bout de sa tâche. Elle prit alors une corde, la plongea dans la boue, puis l'agita : en atteignant le sol, chaque goutte de boue se transforma en un nouvel humain, identique à ceux qu'elle avait si laborieusement façonnée de ses mains. C'est de cette ingénieuse façon que Nügua créa d'innombrables mortels, assez pour peupler les vastes étendues de la terre.
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